Les conditions générales d'utilisation (CGU) désignent l'ensemble des règles contractuelles fixées par l'éditeur d'un site web, d'une application mobile ou d'un service numérique pour encadrer les usages que les utilisateurs peuvent en faire. À la différence des CGV qui régissent les relations commerciales (vente de biens ou de services), les CGU régissent l'accès et l'utilisation d'un service, qu'il soit gratuit ou payant. L'enjeu pratique des CGU dépasse leur fonction d'information. Elles constituent le contrat principal entre l'éditeur et l'utilisateur, déterminant les droits et obligations de chacun, les conditions de suspension ou de résiliation, les modalités de modération des contenus, les mécanismes de gestion des litiges. Leur rédaction conditionne la sécurité juridique de l'exploitation du service et la protection des intérêts de l'éditeur. La pratique distingue plusieurs grandes catégories de CGU selon la nature du service : CGU des sites institutionnels et de contenus éditoriaux, CGU des plateformes de mise en relation (marketplaces, services collaboratifs), CGU des réseaux sociaux et plateformes de partage, CGU des services SaaS et applications professionnelles. Chaque catégorie présente des spécificités rédactionnelles qui doivent être adaptées au contexte d'usage. Vous souhaitez rédiger ou auditer vos CGU ? Le Cabinet Aurore Bonavia rédige les CGU adaptées à votre service numérique et défend leur opposabilité. → Voir l'accompagnement en droit du numérique La distinction avec les CGV et les autres documents contractuels L'écosystème contractuel des services numériques distingue plusieurs documents complémentaires : les CGU régissent l'accès et l'utilisation du service (création de compte, règles de comportement, sanctions, modération) ; les CGV régissent les relations commerciales lorsque le service inclut des transactions (vente de biens, prestations de services payantes) ; la politique de confidentialité détaille le traitement des données personnelles conformément aux articles 13 et 14 du RGPD ; la charte d'utilisation des cookies ou bannière de consentement répond aux exigences de l'article 82 de la loi du 6 janvier 1978 modifiée ; les mentions légales identifient l'éditeur du service conformément à l'article 6 III de la LCEN. Cette pluralité documentaire impose une architecture cohérente : les renvois entre documents doivent être clairs, les versions doivent être datées, les modifications doivent être tracées. La pratique recommande l'unification de ces documents sous une rubrique unique du site (généralement intitulée Légal ou Politiques) accessible depuis toutes les pages. Le contenu typique des CGU Les CGU couvrent typiquement les rubriques suivantes : l'identification de l'éditeur et la nature du service proposé ; les conditions d'accès (âge minimum, capacité juridique, territoire géographique éligible) ; les modalités d'inscription et de création de compte (informations requises, vérification, conservation des identifiants) ; les règles d'utilisation du service (usages autorisés, usages interdits, comportements proscrits) ; la propriété intellectuelle sur les contenus produits par l'éditeur (logo, design, textes, images) et sur les contenus produits par les utilisateurs (licence concédée à l'éditeur, droits conservés par l'utilisateur) ; les modalités de modération des contenus utilisateurs (signalement, retrait, sanction) ; les clauses de responsabilité limitant la responsabilité de l'éditeur dans les conditions admises par le droit ; les conditions de suspension et de résiliation du compte, à l'initiative de l'utilisateur ou de l'éditeur ; les modifications des CGU et leur opposabilité aux utilisateurs existants ; le droit applicable et la compétence juridictionnelle en cas de litige. Pour les plateformes en ligne au sens du Digital Services Act (Règlement (UE) 2022/2065), les CGU doivent par ailleurs intégrer des mentions spécifiques relatives à la modération, aux signalements, aux recours internes et aux mesures algorithmiques de recommandation. L'opposabilité des CGU aux utilisateurs L'opposabilité des CGU à l'utilisateur constitue le point juridique central. Les CGU ne produisent leurs effets qu'à compter du moment où l'utilisateur en a effectivement pris connaissance et y a consenti. La pratique a forgé plusieurs techniques garantissant l'opposabilité : l'acceptation par cliquage (clickwrap) : l'utilisateur doit cocher une case attestant de la lecture et de l'acceptation des CGU avant de pouvoir s'inscrire ; cette technique offre la sécurité juridique la plus robuste ; l'acceptation par parcours (browsewrap) : les CGU sont accessibles depuis le pied de page du site, sans acceptation explicite requise ; cette technique offre une opposabilité plus fragile, particulièrement en B2C ; l'acceptation tacite par création de compte : le formulaire d'inscription mentionne que la création du compte vaut acceptation des CGU, sans case à cocher distincte ; cette technique présente une sécurité intermédiaire. L'arrêt CJUE Content Services du 5 juillet 2012 (C-49/11) a précisé en matière de vente à distance que la simple mise à disposition d'un lien hypertexte vers les CGV ne suffit pas à les rendre opposables, faute de communication effective au consommateur. Cette jurisprudence s'étend aux CGU, particulièrement en B2C où les exigences d'information sont renforcées. L'article 1119 du Code civil dispose par ailleurs que les conditions générales invoquées par une partie n'ont effet à l'égard de l'autre que si elles ont été portées à sa connaissance et si elle les a acceptées. Cette règle générale du droit des contrats français consolide l'exigence d'acceptation effective. Les modifications des CGU et l'information des utilisateurs Les CGU peuvent être modifiées par l'éditeur pour adapter le service aux évolutions techniques, juridiques ou commerciales. Cette modification doit toutefois respecter plusieurs exigences : une information préalable des utilisateurs existants, par tout canal effectif (email, notification dans le compte, communication lors de la connexion) ; un délai raisonnable entre l'information et l'entrée en vigueur des modifications, permettant à l'utilisateur de prendre connaissance et le cas échéant de résilier ; une acceptation expresse lorsque les modifications sont substantielles (changement du modèle économique, modification des règles de modération, changement de juridiction) ; la conservation des versions antérieures pour permettre le suivi des évolutions. L'Avis CNIL sur les modifications des conditions contractuelles précise que la simple mise à jour silencieuse d'une politique de confidentialité ou de CGU, sans information préalable des utilisateurs, ne satisfait pas aux exigences du RGPD pour les éléments qui touchent au traitement des données personnelles. Spécificité juridique sur les clauses abusives en B2C Les CGU destinées aux consommateurs sont soumises au régime des clauses abusives prévu par les articles L212-1 et suivants du Code de la consommation. Une clause est qualifiée d'abusive lorsqu'elle a pour objet ou pour effet de créer un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties au contrat, au détriment du consommateur. Le décret n° 2009-302 du 18 mars 2009 établit deux listes de clauses présumées abusives : la liste noire (article R212-1 du Code de la consommation) : clauses irréfragablement présumées abusives, dont la liste comprend notamment les clauses limitant les recours du consommateur, les clauses imposant une charge probatoire excessive, les clauses unilatérales de modification ; la liste grise (article R212-2 du Code de la consommation) : clauses présumées abusives sauf preuve contraire, dont la liste comprend les clauses qui réservent au professionnel le droit de modifier unilatéralement les caractéristiques du service. La DGCCRF sanctionne régulièrement les CGU comportant des clauses abusives. Plusieurs grandes plateformes numériques ont fait l'objet de mises en demeure et d'actions judiciaires en injonction par l'autorité française, qui ont conduit à la révision substantielle de leurs CGU. La sanction peut prendre la forme d'une amende administrative (jusqu'à 15 000 € pour une personne physique et 75 000 € pour une personne morale par clause abusive maintenue) et d'une publication des décisions sur le site de l'autorité. L'arrêt CJUE Volkswagen Bank du 9 septembre 2021 (C-33/20) a rappelé que le contrôle des clauses abusives s'effectue d'office par le juge, sans qu'il soit nécessaire que le consommateur invoque expressément l'argument. Cette jurisprudence renforce l'exposition des professionnels qui maintiendraient des CGU déséquilibrées dans leurs relations B2C. Le cabinet Aurore Bonavia se charge de vos enjeux en matière de CGU la rédaction de CGU adaptées à la nature de votre service numérique ; l'audit des CGU existantes pour identification des clauses abusives ou inopposables ; la mise en conformité avec les exigences du Digital Services Act et du RGPD ; la rédaction des mécanismes d'acceptation garantissant l'opposabilité des CGU ; la rédaction des procédures de modification et d'information des utilisateurs ; la défense face aux contrôles DGCCRF portant sur les CGU et les clauses abusives ; les actions civiles fondées sur les CGU contre les utilisateurs en infraction ; la défense face aux actions des utilisateurs contestant l'application des CGU ; la coordination des CGU avec les autres documents contractuels (CGV, politique de confidentialité, mentions légales). En savoir plus sur l'accompagnement du cabinet : avocat CGV/CGU. Sources : Code civil (art. 1119), Code de la consommation (art. L212-1, R212-1, R212-2), loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 (LCEN art. 6), Règlement (UE) 2022/2065 (Digital Services Act), Règlement (UE) 2016/679 (RGPD art. 13, 14), jurisprudence CJUE 5 juillet 2012 (Content Services C-49/11), 9 septembre 2021 (Volkswagen Bank C-33/20), DGCCRF guide pratique sur les CGU. Fiche mise à jour le 3 mai 2026. Obtenez des réponseset des conseils Prendre RDV - 30 min / 125€HT