NFT : Définition juridique et Applications

Publié le par Aurore Bonavia Mis à jour le

Les NFT (Non-Fungible Tokens, ou jetons non fongibles en français) désignent des actifs numériques uniques inscrits sur une blockchain, dont chaque unité présente des caractéristiques spécifiques qui empêchent leur substitution avec d'autres unités du même type.

Les NFT (Non-Fungible Tokens, ou jetons non fongibles en français) désignent des actifs numériques uniques inscrits sur une blockchain, dont chaque unité présente des caractéristiques spécifiques qui empêchent leur substitution avec d'autres unités du même type. À la différence des cryptomonnaies (Bitcoin, Ether) qui sont fongibles (toute unité est interchangeable avec une autre), les NFT incorporent des métadonnées identifiantes qui en font des actifs uniques, traçables et transférables.

L'enjeu pratique des NFT s'est développé spectaculairement entre 2020 et 2022, avec des transactions emblématiques (vente d'un NFT de Beeple chez Christie's pour 69 millions de dollars en mars 2021, lancement de collections comme CryptoPunks ou Bored Ape Yacht Club valorisées en milliards) avant un reflux significatif. Au-delà de la spéculation, les NFT ouvrent des perspectives juridiques structurantes pour la traçabilité des œuvres numériques, la gestion des droits d'auteur, les modèles de marché secondaire et les nouveaux usages dans la mode, le sport, le gaming et l'art.

La qualification juridique des NFT reste complexe et évolutive. Le règlement (UE) 2023/1114 sur les marchés des crypto-actifs (MiCA) a partiellement encadré les crypto-actifs, mais a explicitement exclu les NFT de son champ d'application principal (article 2 paragraphe 3). Les NFT relèvent ainsi d'un régime juridique fragmenté combinant droit de la propriété intellectuelle, droit de la consommation, droit fiscal et droit des contrats.

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La nature technique des NFT

Les NFT reposent techniquement sur des standards de jetons déployés sur des blockchains publiques :

  • le standard ERC-721 sur la blockchain Ethereum constitue l'origine et la référence principale ; il permet la création de jetons uniques avec des métadonnées identifiables ;
  • le standard ERC-1155 permet la combinaison de jetons fongibles et non fongibles dans un même contrat intelligent, particulièrement adapté aux jeux et collections ;
  • des standards équivalents existent sur d'autres blockchains (BEP-721 sur Binance Smart Chain, FA2 sur Tezos, KIP-17 sur Klaytn) avec des caractéristiques techniques propres.

Le NFT consiste techniquement en un enregistrement sur la blockchain qui contient :

  • un identifiant unique (token ID) ;
  • l'adresse du propriétaire actuel (clé publique de son wallet) ;
  • un lien (URI) vers les métadonnées du jeton, incluant les informations sur le contenu associé (image, audio, vidéo, description) ;
  • l'historique des transactions (créations, transferts, ventes) consultable publiquement.

Le contenu numérique lui-même (image, audio, vidéo) n'est généralement pas stocké sur la blockchain mais sur un serveur externe ou un système de stockage décentralisé (IPFS - InterPlanetary File System). Le NFT contient un lien vers ce contenu, ce qui crée une dépendance technique à la pérennité du stockage externe.

La qualification juridique en droit français

La qualification juridique des NFT en droit français reste partiellement incertaine. Plusieurs analyses coexistent :

  • la qualification d'actif numérique au sens des articles L54-10-1 et suivants du Code monétaire et financier (issus de la loi PACTE de 2019), qui couvre les biens incorporels représentés sous forme numérique. Cette qualification soumet certains NFT au régime des prestataires de services sur actifs numériques (PSAN), particulièrement lorsqu'ils s'apparentent à des instruments financiers ;
  • la qualification de bien meuble incorporel au sens du Code civil, qui ouvre les règles classiques de propriété, de cession et de transmission ;
  • la qualification d'œuvre de l'esprit au sens du Code de la propriété intellectuelle pour le contenu sous-jacent, sous réserve de l'originalité de la création ;
  • la qualification de service lorsque le NFT s'inscrit dans une logique d'accès à un service ou à un avantage (ticket d'événement, accès à une communauté, droits dans un jeu).

L'arrêté du 22 décembre 2021 relatif à la qualification fiscale des NFT a précisé que les NFT ne constituent pas en eux-mêmes des actifs numériques au sens du Code monétaire et financier mais peuvent en présenter les caractéristiques selon les droits qu'ils incorporent. Cette analyse au cas par cas reflète la complexité de la qualification juridique des NFT.

La propriété intellectuelle et les NFT

L'articulation entre les NFT et le droit de la propriété intellectuelle constitue le terrain le plus délicat. Plusieurs principes structurent l'analyse :

  • l'acquisition d'un NFT ne transfère pas automatiquement les droits patrimoniaux sur l'œuvre numérique sous-jacente ; la cession des droits doit faire l'objet d'un acte distinct conforme à l'article L131-3 du Code de la propriété intellectuelle (mentions distinctes, étendue, destination, lieu, durée) ;
  • l'acquéreur d'un NFT acquiert généralement la propriété du jeton lui-même et un droit d'usage limité de l'œuvre numérique (affichage personnel, mention sur les réseaux sociaux), mais pas les droits d'exploitation commerciale qui restent en principe à l'auteur ;
  • les smart contracts régissant les NFT peuvent intégrer des clauses de royalties (rémunération automatique de l'auteur lors des reventes successives) qui constituent une innovation pratique majeure par rapport au droit de suite traditionnel limité aux œuvres physiques ;
  • les collections NFT peuvent comporter des licences spécifiques définissant les droits transférés (licence CC0 pour les CryptoPunks 2.0, licence commerciale étendue pour les Bored Ape Yacht Club, licences restrictives pour d'autres collections).

Plusieurs actions en contrefaçon ont été engagées depuis 2022 contre des opérations NFT exploitant des œuvres ou marques sans autorisation :

  • l'affaire Hermès c. MetaBirkins (jugée par le tribunal de district sud de New York en février 2023) a sanctionné l'usage de la marque Hermès dans une collection NFT non autorisée, qualifiée de contrefaçon de marque ;
  • l'affaire Nike c. StockX est en cours sur l'usage de produits Nike comme NFT par la plateforme StockX ;
  • plusieurs auteurs et artistes français et européens ont engagé des actions devant les juridictions civiles pour obtenir le retrait de NFT exploitant leurs œuvres sans cession de droits.

La fiscalité des NFT

La fiscalité des NFT en France suit des règles spécifiques selon la qualité du détenteur :

  • pour les particuliers (personnes physiques agissant à titre privé), les plus-values de cession de NFT sont imposables au régime de l'article 150 VH bis du Code général des impôts sur les actifs numériques, avec un taux forfaitaire de 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux) ; un seuil d'exonération de 305 € par an s'applique ;
  • pour les professionnels (activité habituelle de cession), les plus-values relèvent du régime des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) et sont imposables au barème progressif de l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés selon la structure ;
  • pour les artistes et créateurs, les revenus tirés de la vente de leurs propres NFT relèvent en principe des bénéfices non commerciaux (BNC), avec application du régime des artistes-auteurs lorsque les conditions sont réunies ;
  • les TVA s'appliquent selon des règles spécifiques précisées par l'instruction fiscale BOI-TVA-CHAMP-10-10-40-30, qui distingue les opérations de mint (création) et de revente.

Les transactions transfrontalières soulèvent des questions complexes de territorialité fiscale, particulièrement lorsque l'acheteur et le vendeur sont établis dans des juridictions différentes. La pratique recommande la consultation d'un avocat fiscaliste pour les opérations significatives.

Spécificité juridique sur les obligations LCB-FT et la loi anti-blanchiment

Les opérations NFT peuvent relever des obligations de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT). L'article L561-2 du Code monétaire et financier soumet aux obligations LCB-FT les prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) qui réalisent certaines opérations sur NFT à caractère financier.

Les plateformes d'échange de NFT (OpenSea, Rarible, marketplaces françaises) sont confrontées aux obligations suivantes :

  • identification du client et conservation des données d'identification ;
  • vérification de l'origine des fonds pour les transactions importantes ;
  • déclaration des opérations suspectes à TRACFIN ;
  • conservation des éléments documentaires pour cinq ans après la fin de la relation commerciale.

L'ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) et l'AMF (Autorité des marchés financiers) ont publié plusieurs guidances sur l'application des règles LCB-FT aux opérations NFT, qui distinguent selon la nature des jetons concernés (jetons à caractère collectionnable, jetons donnant accès à des services, jetons à caractère financier).

Le règlement européen MiCA (Markets in Crypto-Assets, Règlement (UE) 2023/1114) entré en application progressive depuis 2024 a partiellement encadré le secteur des crypto-actifs, mais a explicitement exclu les NFT de son champ principal d'application. Les NFT à caractère collectionnable ou donnant accès à des services restent ainsi soumis aux règles nationales, ce qui maintient un cadre juridique fragmenté à l'échelle européenne.

Le cabinet Aurore Bonavia se charge de vos enjeux en matière de NFT

  • la qualification juridique de votre projet NFT au regard du droit français et européen ;
  • la rédaction des smart contracts et des conditions d'émission de NFT ;
  • la rédaction des licences de droits d'auteur associées aux NFT (CC0, licence commerciale, licence restrictive) ;
  • la cession de droits d'auteur via des NFT et la conformité à l'article L131-3 du CPI ;
  • les actions en contrefaçon contre les opérations NFT exploitant vos œuvres ou marques ;
  • la défense face aux actions en contrefaçon visant vos opérations NFT ;
  • l'analyse juridique des opérations transfrontalières et les enjeux de droit applicable ;
  • l'accompagnement vers les obligations LCB-FT pour les plateformes et acteurs intermédiaires ;
  • la fiscalité des NFT pour les artistes, collectionneurs et professionnels.

En savoir plus sur l'accompagnement du cabinet : avocat en nouvelles technologies.

Sources : Règlement (UE) 2023/1114 sur les marchés des crypto-actifs (MiCA), Code monétaire et financier (art. L54-10-1, L561-2), Code général des impôts (art. 150 VH bis), Code de la propriété intellectuelle (art. L131-3), arrêté du 22 décembre 2021, instruction fiscale BOI-TVA-CHAMP-10-10-40-30, jurisprudence Hermès c. MetaBirkins (US 2023), AMF et ACPR positions sur les actifs numériques. Fiche mise à jour le 3 mai 2026.

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